mardi 27 juillet 2010

Por eso me quedo


Il se tenait droit, le sourire fendu aux oreilles, un bouquet de lys à la main - pour la thématique- au milieu du brouhaha de l'aéroport, des départs et des retours et de centaines de gens qui transitent par là pour toutes ces raisons qu'on ne connaîtrait jamais. Il avait parcouru ces kilomètres un peu par solidarité, parce qu'on devait se rencontrer à mi-chemin entre Québec et Zürich, ce mi-chemin étant l'aéroport de Montréal. Ses yeux me fixaient avec assurance, anticipant la fatigue accumulée des dernières heures et aussi la tristesse d'avoir perdu le petit être poilu le plus important du monde entier, mort de sa belle mort à 15 ans, deux jours auparavant.

J'étais là, sans trop comprendre ce qui se passait, alors qu'au matin je déjeunais en allemand avec la grand-maman de Markus.

Un constat: j'ai tout ce qu'en Allemagne je n'avais pas. Des amis. L'amour. Une famille.

Cependant, ici, je n'ai rien de ce que j'avais en Allemagne. Un logement. Des meubles. Un emploi. Et pourtant, je m'en fous.




Tout le monde a déjà secrètement souhaité tout reprendre à zéro.

Un an plus tard.

Je cherche un emploi dans nouveau domaine d'enseignement, avec une clientèle nouvelle. Dans une nouvelle ville. Nouvel appart avec de nouveaux colocs. Nouvelle chambre hippie avec seul un matelas au sol et des boîtes servant pour le moment de tables de nuit. Nouveau vélo. Nouvelle vie sociale. Nouvelle routine qui se construit lentement dans cette ville que j'ai délibérément choisie, sous le regard de celui qui ne m'a plus quitté depuis le bouquet de lys.

Aller-retours Québec/Montréal. Lui, il me manque à chaque seconde car j'ai l'impression qu'il arrive à se tenir bien droit au milieu de ma vie qui se place et se déplace encore autour de nous, sans jamais basculer, sans jamais s'inquiéter, brillant d'une confiance sans faille en nous, alors qu'il y a si peu de temps j'étais sur un autre continent, seule, sachant que je devrais tout refaire à mon retour, avec ou sans lui. J'ai espoir mais pour l'instant je flotte entre les possibles, j'attends de voir la terre ferme au loin et je tiens le mât.

Les étapes jalonnant le retour sont les mêmes à chaque fois, peu importe les événements. Après l'enthousiasme, il y a un peu de nostalgie, le sentiment de s'être perdu en cours de route tout compte fait, même le désir de repartir. Heureuse nouvelle que ce ne soit pas le cas pour moi, cette fois, parce que le désir de bâtir durablement ma vie ici est trop forte. Je veux seulement des meubles. Un emploi. Être amoureuse sans tambours ni trompettes, parce que c'était génial d'être seule dans les quatre dernières années, mais que le 3 mai 2010 à 12h33, c'est devenu incontournable d'être deux.

vendredi 11 juin 2010

Aus Italien nach der Schwiiz

Papa et Maman ont bien aimé leur court séjour en Italie qui était aussi la clôture de leur voyage avec moi. Ils ont tenté l'expérience vénitienne et surtout, l'expérience friulana, telle que je vous l'ai décrite déjà à plusieurs reprises dans ce blog lors de mes nombreux passages chez mon adorable Remo. Leur séjour québéco-belgo-italien a été ponctué de belles rencontres (mes parents ont adoré ses parents qui ont été tellement accueillants, comme toujours), de délicieux repas, de superbes visites... on a forcé un peu ma mère à marcher, mon père à manger, mission accomplie pour Nanou qui s'était donné cet objectif. Ils en ont même oublié mon pauvre pitou resté dans sa pension et qui semble avoir pris 20 ans de vie de chien pendant ces deux semaines. Lâche pas mon bébé doux (il est aux bons soins de maman maintenant.)

Après leur départ, j'ai poursuivi ma route vers Piacenza, petite ville à environ 40 min de Milan où Remo travaille. Oui, je le suis comme son ombre ce garçon! Comme à son habitude, il a été un hôte parfait malgré son horaire chargé, me faisant découvrir la vallée des Appenins et m'amenant manger la meilleur bouffe italienne du monde... Jouissance! Une tomate n'est plus une tomate, je vous jure! Les gnocchis sont totalement... sublimes. J'aime l'Italie, j'aime la bouffe, j'aime Remo grazie grazie grazie la vita.

Puis, direction Davos.


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Être chez Markus, c'est se sentir un peu à mi-chemin entre la Suède, la Suisse et le Canada.

Superbe maison suisse entourée de magnifiques monts enneigés... alors que devant elle, un drapeau suédois haut-perché flotte avec le vent. Maurus, petit (géant) frère de Markus, m'accueille lui aussi avec son chandail des Canadiens.

Être invité par Maman Kehl, encore plus blonde que ses deux fistons, à manger de la fondue au... poisson (nonon, pas au fromage!) délicieuse dans son charmant cottage, les pieds chaussés de pantoufles bleu/jaune à l'effigie du pays scandinave, alors que le tout le monde se parle en suisse allemand (totalement incompréhensible, j'y reviendrai). Elle sort du four son gâteau à l'aide de mitaines à four... à feuilles d'érable.

C'est se réveiller le matin, vêtue du plus "petit" chandail de Markus (pas trop le choix encore, j'affiche mes couleurs de Canadienne) et monter voir les Fistons Kehl qui, au lieu d'étudier, se prélassent confortablement devant une partie de foot (jeux vidéos) où la Suède affronte un après l'autre tous les pays du monde.

C'est écouter cet étrange dialecte en permanence sur fond de musique suédoise, puis Markus qui doit tout m'expliquer dans son anglais presque parfait appris... au Canada.

Je me sens chez nous, mais pas trop! :)

Quelle satisfaction tout de même de rencontrer sa famille pour la première fois et de POUVOIR leur parler en allemand, alors qu'à presque pareille date l'année dernière je ne disais pas un seul mot! Évidemment, comme ils détestent les Allemands, à part la mère de Markus et son copain, ça semble leur coûter énooormément de me parler dans la langue de Goethe. Tout de même, hier au souper, j'ai pu montrer à mon hôte que j'étais pas si mauvaise que ça, car MÔsieur refuse de me parler en allemand en général, s'en tenant à l'anglais pour les conversations courantes et au français quand je lui donne des cours particuliers et lui explique des règles de grammaire (et il adore ça, huhum).

Il a tout de même dit à sa mère: "Quand Anaïs parle allemand avec son accent, c'est erotisch. Quand elle parle français, elle est sadistisch!" Trop sévère, la prof? :)

Tout de même, maintenant je comprends à quel point l'allemand suisse n'est pas de l'allemand. Même en tendant l'oreille et en écoutant avec attention, j'arrive à peine à capter quelques mots comme "aussi", "mais", "je", "merci". Impossible, je vous dis. Hier, je tentais de comprendre au moins le sujet de conversation des autres convives, en fin de soirée. Je croyais qu'on parlait de foot, vu les mouvements de bras et les élans de protestations de mon cher Markus et de sa famille. Il s'arrête, se tourne vers moi et me dit (comme s'il lisait dans mes pensées, mais pas moi dans les siennes): "on parle du manque de respect de la population envers la police suisse, tu sais, ici... bla bla bla..." Alors le suisse allemand et moi, on repassera. :(

Familles multilingues que j'envie.

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Mardi prochain je m'envole pour le Canada, endlich, après 11 mois exactement de séjour sur le continent européen. Je suis bien curieuse de savoir combien d'entre vous a suivi mes aventures sur ce blogue du début à la fin. On constatait, mon futur époux et moi, qu'un dixième des lecteurs laissent des commentaires sur les blogues. Je dirais dans mon cas que c'est moins vu la durée du séjour à l'étranger. Qu'à cela ne tienne, mention d'honneur cet année pour Jess qui a fait de son mieux pour laisser un petit mot le plus souvent qu'elle le pouvait, à mon plus grand plaisir!!

Jessica, ma plus vieille amie (20 ans déjà!), ma plus fidèle, ma meilleure, je suis contente de n'avoir presque jamais ressenti ton absence par ces petits mots que tu laissais de façon régulière! Merci! :D

Autres amis, Ge, Ge et Ge (!!), Alex, Seb, Éli, mes parents et mes sistas, merci de ne pas m'avoir laissé vivre tout ceci toute seule dans l'anonymat! Le temps vous manquait parfois, mais ces petits mots/emails/messages m'ont fait extrêmement plaisir à chaque fois... Si je vous avais tous près de moi à chaque voyage, je serais toujours partie... mais je suis bien contente de vous retrouver tous en même temps dans mon cocon québécois confortable!

Ce fut donc un extrême plaisir d'écrire ici, encore une fois, par le biais de ce média formidable. Évidemment, mes nouveaux potes de langue autres que le français non pas pu voir les références que je faisais à leur endroit, mais bon, le français est une langue formidable pleine de possibilités et puis je déteste l'anglais (c'est dû à une infirmité bien évidente... je parle dans la vie courante, mais pour la littérature anglaise, on m'oublie).

On se revoit donc la semaine prochaine...!

mardi 1 juin 2010

Entre les murs

Soirée un peu folle avec Papa et Maman (désespérée), puis Fiston qui prend la relève… Manque de jugement, aucune peur, aucune appréhension. Des souliers troués dans la pluie et le sommeil vous amèneront toujours en terrain connu…


Plancher pourri, foutoir, bric-à-brac, désordre désorganisé, balcon couvert de merdes de pigeons… Murs plein d’histoire, murs qui respirent… Franchir le pas de cette porte et retrouver une partie de moi-même restée entre ceux-ci. Une partie de moi dans cette pièce au fond du couloir, souvenirs des nuits blanches de juillet, des amis partout qui échouent et à qui on apporte un thé au lever, lumière tamisée derrière les arbres, manque de pudeur… et de vertu, pigeons qui roucoulent, marteaux piqueurs, attentes interminables, larmes, résolutions incessantes et vaines… et larmes. C’est une partie de moi qu’il me faisait plaisir de retrouver pour mieux la laisser derrière, constatant avec délectation que l’indifférence avait finalement eu raison de ma relation d’amour-haine avec Munich.

Reproduire certains de mes plus grands plaisirs : discuter jusqu’aux petites heures avec celui qui serait mon meilleur ami si - (avec les « si » on mettrait aussi Paris en bouteille, fack on oublie ça) - si, assise sur le comptoir de la cuisine, un thé à la main, on discute pour rien, parce que c’est la dernière fois. Échouer ensuite dans la chambre de Fiston, l’entendre roooonfler aux corneilles, j’ai le sourire aux lèvres (parce que j’entraîne ma patience), le nez contre le mur qui empeste toujours la poussière, j’attends l’heure d’un lever plus potable pour lever les voiles. Je m’endors…

8h, le cœur au bord des lèvres. Meilleur ami appelle un taxi (parce que Fiston ne se réveille pas pour les nausées), bye bye Hans-Sachs Str. 7. Mes derniers excès munichois avec mon papa la veille auront eu raison de mon foie ce matin. Ouf… Pas mécontente d’avoir une chambre d’hôtel douillette qui m’attend et que mes parents ne soient pas témoins de ma verdeur.

Bye bye Hans Sachs Str. 7, mon premier cocon bavarois.

Bye bye Bavière. Wir werden uns wiedersehen… Vielleicht.


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Des nouvelles de Papa et Maman?

Papa en connaît plus long sur l’Allemagne que sa fille apprenti-bavaroise supposément historienne à 2 cents. C’est en connaissant mon père qu’on constate l’étendue de son ignorance… voulez faire le test? Mon père remarque le moindre petit détail en matière d’architecture, d’urbanisme, de mécanique automobile… et non seulement il ne parle pas allemand, mais en plus il n’avait jamais mis les pieds sur le Vieux Continent. Je traduis ce qu’on me dit et lui il répond : « ouioui je sais. » Je m’occupe donc des détails techniques : se nourrir, dormir, se déplacer. Pour le reste, le guide c’est Papa.

Maman est la meilleure des complices en matière de bouffe et d’aires de repos. Quand il est temps de trouver un bon resto ou un endroit pour chiller, sie ist dabei. Les châteaux, c’est plus son truc. Elle aime ce qui est bon et beau. Mon père aime ce qui est beau, ce qui est historique, mais pour ce qui est « bon », il possède une idée bien arrêtée qu’on essaie d’élargir un peu… ça marche, il adore les schnitzels et les knödel. C’est bien, c’est nouveau et c’est plus allemand que les patates pilées.

dimanche 23 mai 2010

Miltenberg, mon amour


Un quart de siècle plus tard.

Je soupçonne les oiseaux de chanter plus fort à Miltenberg que nulle part ailleurs. Véritable vacarme, c'est comme si on avait assis sur chaque branche des arbres un minuscule soprano prêt à vous déballer en boucle son récital du dimanche. La région est creusée de vallons, les collines verdoyantes se teintent par moment de fleurs dont la couleur s'essoufle alors que le printemps avance... au loin le soleil est sur le point de s'épancher sur l'horizon, teintant de rouge les quelques rares nuages brièvement ensanglantés, mourant anonymement alors que l'obscurité prend la place qui lui revient.

Franconie, tu me manqueras.

Mon 25e anniversaire, je l'aurai passé à te savourer tranquillement d'ici, les yeux perdu dans ton ciel parfaitement bleu, dans les souvenirs de Glühwein, de cuillère miltenbergeoises et de cuisine collective... Papa et Maman en arrière-plan se bousculent dans la cuisine pour préparer le thé et servir le Rotweinkuchen à mes rares invités, dont mon élève turc qui est arrivé les bras chargé du premier gâteau qu'il ait fait seul de sa vie. Immenses portes vitrées, toits en pente où les têtes se frappent irrémédiablement, soirées solitaires, enveloppée comme je l'étais dans une épaisse couverture sur le balcon, innombrables currys ou recettes manquées, désagréable facture d'électricité, je n'arrive pas à croire que je quitte après tout ce temps pour n'y plus jamais revenir.

Quitter le Poigerstraße 16 c'est un peu accepter l'évidence qu'il existe une vie après l'Allemagne. Je l'avais planifiée déjà alors qu'elle semblait loin, maintenant que je suis à la veille de l'entamer je n'y crois pas une seconde, je ferme les yeux une autre fois... je pense aux volcans de l'Islande et à Nabuchodonosor, aux Alpes suisses, aux canaux de Venise, aux sopranos dans les arbres et à la Bratwurst, à la vie qui me réserve bien plus encore que ce qu'elle m'a généreusement donné jusqu'à présent, je n'arrive pas à y croire, ma vie à moi commence, vraiment? J'ai eu 25 vies différentes dans les 25 dernières années, comment est-ce possible qu'elle me réserve davantage de surprises alors que j'en ai eu mon lot déjà.. non? C'est ça qui est merveilleux finalement: la vie, on en fait vraiment ce qu'on veut et elle a un potentiel illimité.

mercredi 19 mai 2010

Paillettes et boule de gomme

...aaah la Côte d'Azur, le soleil, le ciel bleu, les scooters, les goélans, la meeeer...

(je pourrais arrêter maintenant pour vous faire pâmer d'envie)

Bon. Objectivité. Je dis pas ça du tout parce que le temps me paraît trop moche maintenant que je suis revenue en Allemagne, la tête dans d'épais nuages qui menacent d'exploser à tout moment. Je ne vais pas faire une tirade sur la température tout de même, mais sachez qu'en dehors de ce court périple au paradis des paradis touristiques, j'ai eu les deux pieds dans l'eau (de pluie) depuis le début du mois de mai. C'est fait.

Câââââânnes. Quelques faits pour se mettre en appétit.

  • Public cible: contrairement à ce que vous croyez peut-être, Cannes attire essentiellement, durant le festival une horde de touristes qui n'a rien à voir avec le milieu du cinéma. En fait, bien qu'on réquisitionne tous les cinémas de la ville afin de présenter des films qui sont sur le point de sortir, l'écrasante majorité des gens n'en verra même pas un seul! Facture: la passe pour voir les petits films présentés dans les cinémas secondaires, hors-compétition, coûte 300 euros pour toute la durée du festival, qui est pris en charge par les entreprises. Le 95% des gens qui ne "travaillent" pas (grosse job sale de voir 3 films par jour) vaquent à leurs passionnantes occupations: monter dans des échelles dans l'espoir de voir les stars monter le tapis rouge (pour les films en compétition officielle), jouer aux groupies, prendre des mojitos à 10 euros le verre, aller à la plage. Selon les dires de mon coiffeur niçois, certaines filles attendent toute l'année le festival dans le seul but de se montrer dans leurs plus beaux atours (mini-mini-robes à paillettes, style) dans l'espoir d'attirer le regard de Brad ou que sais-je.
  • Parlons-en des coûts moyens s'il vous prend l'envie d'aller là-bas en vacances à la mi-mai: les hôtels triplent leur prix, donc une chambre à 50 euros la nuit coûte normalement 150 euros si les propriétaires sont honnêtes, mais ça peut monter à 450 euros... Il faut réserver un an à l'avance. Si vous êtes plus du style dernière minute, vous pouvez louer l'appartement d'un des Cannois qui louent le leur contre la modique somme de 1500 euros par semaine pendant qu'eux vont rester chez des amis!
  • Les voitures style Porsche, Lamborghini, Ferrari et autres et les vêtements haute couture deviennent votre meilleure arme dans cet orgie de richesses et de Very Important People, sous peine de vous faire regarder tellement croche. .... Vraiment? Je suis arrivée à Cannes avec mes ballerines à 5 euros ayant trop souffert de leur séjour dans la pluie à Augsburg, toutes éventrées qu'elles étaient au devant, et je n'ai senti de regard désapprobateur de personne... parce que tout le monde est trop occupé à se regarder le nombril et à se la péter en vous fonçant dessus avec leur gros char! Alors être bien habillé est de mise à Cannes?? Ben non! :D
  • Parlons des films en compétition et de la raison pourquoi j'ai eu ces billets de cinéma que certains Non Important Person (okok j'arrête) sont prêts à acheter pour 300 euros (c'est quand même juste pour aller voir un film en primeur tsé). À mon séjour à Nice à Noël, Valoche, ex-coloc à Munich et amie, m'a présenté un de ses copains, Benjamin, qui vit à Cannes et avec qui j'ai passé quelques soirées. Ses parents ont un hôtel. Tous les hôteliers ont droit, à chaque année, à deux billets pour le film en compétition de leur choix. Attention: c'est sur invitation seulement, ce n'est pas achetable, même si t'es très riche. Ils doivent quand même se battre pour les obtenir et doivent s'y prendre jusqu'à 6 mois à l'avance. En tant qu'opportuniste de première, quand Benjamin m'a dit tout ça, je me suis enthousiasmée... et voilà. ;) Il m'a fait la promesse qu'il m'amènerait au festival de Cannes et il a tenu parole, et moi je suis une femme comblée, en plus d'avoir passé un très bon séjour en sa compagnie et avec Audrey-Anne à Nice, une copine d'enfance. Je lui avais dit que s'il y avait un film de Pedro Almodovar ou avec Gael Garcia Bernal, j'étais prenante! Eh bien, Gael y était mais seulement en tant que spectateur, c'est Javier Bardem qui tenait le rôle principal et c'était Inarritu (Amores perros, Babel) le réalisateur. Biutiful: traumatisant, génial, troublant, excellent. Ce sera à voir (et je parie que ce sera la Palme d'or).
  • Alors oui, j'ai monté le fameux escalier en robe de soirée trop décolletée pour être légale mais tellement de mise à Cannes.

Mention spéciale à mes quatre hôtes de la dernière semaine. À Augsburg j'ai été reçue "à la russe" par un adorable Québécois, Maxime, avec qui j'ai eu de passionnantes conversations, puis à Nice chez Audrey-Anne, devenue metteure en scène, danseuse (moderne, tsé) et aussi éclairagiste. C'est sous le ciel azur qu'on s'est retrouvées changées, évoluées... mais plus ça change plus c'est pareil. Je l'aime. Puis c'est la famille de Benjamin qui m'a pris en charge, sa soeur puis sa tante (de 30 ans quand même, alors que lui en a 27!)

Tout ça pour dire que je suis revenue les deux pieds dans la flotte dans mon très jet-set Miltenberg, que je suis complètement débordée vu que je "déménage" mardi prochain, que je me suis fait organiser mon horaire par tout le monde et que je sens déjà monter le stress (un mot qui avait disparu de mon vocabulaire). Dernière journée aujourd'hui à la Realschule où on a fait mon éloge (ben oui... mes collègues avaient de la misère à m'adresser la parole durant l'année et ils ont jugé que c'était là le temps de venir me voir pour me dire qu'ils auraient aimé ça prendre un p'tit café... Ah Miltenberg!) et puis demain Gymnasium, puis après demain, Maman et Papa font leur arrivée!! J'ai hâte de les revoir, après 1 an!

Ne vous inquiétez pas, j'aurai encore quelques aventures à raconter avant mon retour prévu le 15 juin (qui vient trop vite... et trop lentement à la fois... les hommes les hommes!)



vendredi 7 mai 2010

Par delà les nuages


Cessons de me rappeler qu'il reste peu de temps. ;) (lire: cesse-je de me rappeler à moi-même qu'il reste peu de temps.)

Aujourd'hui, le temps maussade est parfait pour écrire une entrée de blog. La pluie tambourine le toit depuis une semaine... Chanceuse que je suis, j'avais un invité à la maison pour 5 jours, un jeune homme surmotivé comme il en existe peu, parcourant l'Europe et le Proche-Orient en un temps digne du "tour du monde en 80 jours". En une année ici, je n'aurai pas su faire mieux!! Il s'est joint à moi dans ma routine miltenbergeoise un peu ennuyante mais a semblé toutefois y trouver son compte, entre les dégustations de bières en compagnie de mes jeunes de 11e, les épisodes de Southpark sur mon balcon et les séances de "tentons-de-voir-l'avenir-quand-on-vivra-au-brésil-ou-au-vietnam-ou-à-istanbul".

D'ailleurs, un sujet redondant qui est revenu souvent dans nos conversations: l'Ukraine. Pour des raisons légèrement différentes, soit, mais bon les deux parce qu'on aime vraiment les Ukrainiennes. ;) Je crois tout de même que nous sommes les Québécois les plus pro-ukrainiens du monde. Justement, j'ai reçu à l'instant un message venant d'une copine ukrainienne qui vit à Kiev, m'exposant un peu la situation... Quand je suis allée à Kiev, le nouveau gouvernement pro-russe venait juste de se faire élire. Il est difficile de trouver de l'information impartiale dans les journaux ukrainiens écrits en anglais, car on admettra rarement ouvertement que la culture ukrainienne soit en danger. J'avais donc demandé à Ira de m'expliquer un peu ce qui se passait, de leur point de vue à eux. Voici donc sa réponse:

The situation in Ukraine is very sad. From the point of view of not even a Ukrainian but a Global person, I think it’s terrible and against Human Rights what is happening now in Ukraine, in Russian Federation and in many other countries. I often recollect your explanation to one of your student in Canada why Hitler can’t be a hero, and it’s very sad that here in Ukraine and in many other countries we are lacking people who have an active position for such things. And we know how easy a bad government can destroy the whole country. In two months, with our new president : the biggest industries were sold to oligarchs from Russian Federation, in Crimea, people now want to be part of Russia, one of the minister said that he is a pity that during the Soviet time the whole west part of Ukraine was not sent to Siberia. Tomorrow we will have this stupid celebration of day of Victory. Millions of people died in this war and - what is sad - for nothing, for another imperia of Stalin, who actually was collaborating with Hitler who was so stupid that he refused to believe that war against of Soviet Union was started. Instead of a day for honouring the millions of killed in the war, we will have a military parade. In Kyiv, as special guests, will come Russian army and soldiers who are still involved in a war in Chechnya and kill thousands of people. Just crazy. People don’t learn anything from their own history.

Dernièrement, j'avais suivi le dossier avec intérêt dans les médias allemands, avant de tomber sur un ou deux articles sur radio-canada.ca. Malheureusement pour ma santé mentale, j'ai eu le très mauvais réflexe de lire les commentaires qui suivaient l'article sur l'entente autorisant le maintien d'une flotte russe en Crimée, qui m'ont, comme à chaque fois, consternée par l'ignorance crasse de certains individus.


Autrement, quelques faits divers:

  • Frülingsfest à Munich la semaine dernière: un Oktoberfest en mini et un peu moins cher, beaucoup de fun et de bonnes chansons allemandes.
  • Tour de la brasserie Faust qui était prévue il y a un mois et qui avait été remise à plus tard, donc cette semaine. J'ai fait une Allemande de moi et j'ai terminé la visite avec le hoquet. une pinte de Dunkel Weizenbier à la main. Vous avez rarement vu plus chic.
  • Le volcan islandais au nom imprononçable semble faire encore des siennes. L'Allemagne et la Suisse sont en train de discuter la possibilité de fermer l'espace aérien dès demain... le Portugal et l'Espagne, c'est déjà fait. Je croise les doigts pour que ce soit réglé vendredi prochain vu que je m'envolerai pour Cannes. Faisons de la pression pour qu'ils leur mettent un bouchon aux maudits volcans-empêcheurs-de-virer-en-rond. J'ai une belle robe noire que je veux pouvoir mettre une fois dans ma vie. De plus, plusieurs vols importants sont prévus dans les prochaines semaines. À savoir: le vol de mes parents. Le vol de retour de mes parents. Mon vol de retour. Compris?

mardi 27 avril 2010

Saudade


Un ami m'avait dit un jour dans un élan de "critiques" (j'appelle cela "critique", positive ou négative, bon ça dépend du point de vue) que je vivais ma vie par chapitres. Que j'étais une fille de débuts et de fins perpétuels, comme si l'idée de continuité était absolument incompatible avec ma personnalité ou mes objectifs de vie... Pas tort le Nico.

Je réfléchis beaucoup à ces mots d'esprit depuis quelques temps. Mes amis me demandent quand je reviens. Mes collègues me demandent quand je pars. Mes parents se préparent à faire leur valise en vue de parcourir la Bavière à dos de DB. C'est le début de l'été, les journées sont longues et j'ai transféré mon salon/salle à manger sur le balcon. Je fais mon nid. C'est une véritable serre l'après-midi! Je fais le point. Je pense au retour. Maintenant qu'il est imminent, mon mal du pays du départ semble devenir un mal du retour, comme si ma vie ici me satisfaisait vraiment finalement et que l'éventualité de tout devoir recommencer me foutait la trouille.

Kundera encore une fois posera les mots exacts sur mes incertitudes en parlant du lien existant entre nostalgie et ignorance.

"The Greek word for return is nostos. Algos means "suffering". So nostalgia is the suffering caused by an unappeased yearning to return. (...) Often it means only the sadness caused by the impossibility of returning to one's country: a longing for country, for home. What in English is called "homesickness". Or in german "Heimweh". In Dutch: "heimwee". (...) In Spanish "añoranza" comes from the verb "añorar" (to feel nostalgia) which comes from the catalan "enyorar", itself derived from the Latin word "ignorare" (to be unaware of, not know, not experience; to lack or miss). In that etymological light nostalgia seems something like the pain of ignorance, of not knowing. You are far away, and I don't know what has become of you. My country is far away, and I don't know what is happening there."

Ce rapprochement entre l'ignorance et le mal du pays me plaît. C'est justement de l'ignorance, ne pas savoir, dans ce cas, ce qui m'attend au retour. Ce thème du retour après une longue absence a souvent été abordé dans la littérature... rappelez-vous aussi de la chanson Volver, ce tango de Carlos Gardel dont j'avais publié les paroles ici-même:

Je devine le clignement
des lumières qui au loin
vont jalonnant mon retour;
ce sont les mêmes qui éclairaient
de ses pâles reflets
les heures profondes de la douleur.

Et malgré moi de retour,
au premier amour on revient toujours.
La calme rue où l'écho t'a dit:
"à toi sa vie, à toi sa dévotion"
sous le regard moqueur des étoiles
qui impassibles me voient revenir.
J'ignore où je veux en venir. Je veux parler du retour, simplement. Pour mieux comprendre ce sentiment si étrange qui nous accompagne sur le chemin de la Maison... Peur, extase. Douleur, joie. Un sentiment de perte de ce qui est laissé derrière mêlé à l'enthousiasme de retrouver les nôtres. Oui, l'idée de perte est mêlée à celle des retrouvailles. Les retrouvailles seront sublimes, évidemment. Alfred de Musset a dit: Le retour fait aimer l'adieu. Toutefois, après un temps, la vie reprend son bonhomme de chemin et vous aussi devez avancer et retrouver vos repères. Il faut se créer d'autres souvenirs, parce qu'avoir deux vies parallèles à 10 000 km de distance, c'est impossible.

Pour vous dire quoi, mes amis? Eh bien, rien. Que la vie continue. Que mon séjour allemand tire à sa fin. Que j'anticipe un peu. Que je me sens ici complètement déconnectée du monde et que m'y reconnecter me fait peur. Que je sais que mes amis assistants vivront la même chose que moi et puis bon... je sais que certains me lisent et j'espère qu'on se retrouvera quelque part tous ensemble pour se créer une petite bulle d'Allemagne le temps d'une soirée, comme si l'Allemagne était une secte, l'allemand un code secret, et qu'il fallait faire partie des initiés pour savoir. Pff. C'est super snob cette façon de pensée, mais en quelque part au fond de moi, ça me fait du bien.

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Petit update: Charlie est immortelle. Elle a trouvé elle-même un poison que le propriétaire m'a donné et que je refusais de lui donner maintenant vu que c'est super chimique et elle s'en nourrit depuis une semaine. C'est une super souris ninja turtles!