* Pflaster, Ich und Ich
La langue de chez nous, Yves Duteil
Je m'insurge ce soir contre ces gens qui se plaisent à critiquer les immigrants qui, dans les grandes villes occidentales, décident de vivre au même endroit, de rester dans leur communauté tissée serrée, et de continuer à manger tacos, soupe phô, ou autres curiosités de ce genre, au détriment de la bouffe locale (en Allemagne, les knödels (mmm), en Amérique du Nord, le Mcdo). On les énerve avec nos grands principes d'intégration, alors que la plupart d'entre nous seraient bien peu enclin à quitter notre petit nid d'amour pour aller vivre le choc culturel Canada/Bangladesh ou Canada/Inde.
Pourquoi? Parce que ça fait du bien de se retrouver entre personnes de la même culture, d'un même pays, d'une même ville. Je plaide donc coupable de tentative volontaire de guettoïsation sur la Poigerstrasse, Miltenberg, après avoir convié tout un groupe de Québécois assistants de langue (+ 2 intrus français, observateurs internationaux, nous dirons!) à venir s'échanger des cadeaux "allemands" dans mon antre, après avoir visité l'incontournable Weihnachtsmarkt d'ici et aussi après avoir assisté au spectacle de deux de mes élèves dans ZE bar très hot (style "Brasserie chez Gérard"). Une belle fin de semaine (OOUUAAIS on peut dire FIN DE SEMAINE sans que tout le monde sourcille!) d'histoires grasses, de grosses blagues que seul 7 millions de personnes sur la planète peuvent comprendre, de "CHANDAIL", de "T(s)U viens-T(s)U" et de "FULL drôle". AAAH.
J'ai les meilleurs collègues du monde, les meilleurs élèves du monde, pas le choix de m'intégrer non plus vu que je représente à moi seule toute la communauté canadienne francophone de Miltenmontagne, mais c'est bon de ne plus lutter pour tout comprendre pendant quelques jours. Sadiquement, ça fait plaisir de savoir que les gens sont tout traumatisés de t'entendre, toi qui lutte chaque jour pour transmettre ton message dans la langue de Goethe à la façon d'un enfant de 5 ans. Français québécois, clé de ton salut intellectuel, langue mystérieuse dont toi seule a le secret sur des kilomètres...
Ça me rappelle les vers d'Yves Duteil! Un peu de poésie, va! (si vous voulez l'entendre, mettez la chanson suivante!)
Nous dire que là-bas dans ce pays de neige
Elle a fait face aux vents qui soufflent de partout
Pour imposer ses mots jusque dans les collèges (ça c'est mon travail!)
Et qu'on y parle encore la langue de chez nous
Sachez toutefois qu'en tant qu'habitante du monde entier qui parle 3 langues et demi, je m'intègre tellement bien que je m'habitue à l'impossible: endurer le petit chien Smoudgi (aucune idée comme ça s'écrit, mais quelque part, il y a un mot bien caché dans la langue allemande qui veut dire "boule de pouél qui jappe tout le temps", et c'est ça un "Smoudgi"!) de mes propriétaires.
Voilà donc les relents de ma fin de semaine, et je garde en héritage la tentation de parler français quand je débarque chez la coiffeuse ("Friseur" - mot le plus étrange de l'allemand, avec "Portmonee" (porte-monnaie)), ainsi qu'une caisse et un baril de bière qui attendent patiemment sur mon balcon que je leur fasse honneur.
***********************************
Parlant de Friseur, je voudrais simplement souligner qu'aller chez la coiffeuse est une expérience anthropologique féminine très intéressante. Je ne suis pas allée très souvent chez le coiffeur à l'étranger. Québec, Argentine et Allemagne seulement. Toutefois, j'ai l'intention de porter à l'avenir davantage attention aux comportements des coiffeuses à travers le monde, et d'en faire une typologie. Voici donc mes conclusions pour les 3 pays de ma liste.
Québec: J'ai un passé très garni en matière de coiffeurs, passant de congrès de coiffure (où ma foi ils sont au comble de l'excitation) aux deux concours auxquels j'ai participé, mais ça suit quand même une ligne directrice. Les coiffeuses (désolée pour la forme féminine, mais vu l'écrasante majorité de femmes exerçant ce métier, je vais donc faire preuve de sexisme grammatical) au Québec sont un peu les psychologues des temps modernes. On se raconte nos vies, on papote, on rigole. Ma dernière en liste a plus ou moins mon âge, je la vois immanquablement avant ou après un voyage, elle critique sans vergogne l'état lamentable de mes cheveux et entreprend de me sculpter artistiquement la tête mèche par mèche. Ça prend du temps, mais je lui ai attribué le prix du plus beau toupet de la planète. Les autres coiffeuses, elles dansent, ont les cheveux de toutes les couleurs, elles écoutent patiemment les clientes raconter l'impuissance de leur mari (ouioui!) ou les déboires de leur fille aînée.
Argentine: On m'avait déjà dit de ne pas faire confiance aux coiffeurs argentins, mais bon, quand on sent l'urgence, rien ne nous arrête et on est prêt à prendre le risque. Superbe salon où se faire couper les cheveux n'est pas très cher et ooooh nous sommes les vedettes québécoises de la place! Le coiffeur se donne des airs de "maître coiffeur", il sait où il s'en va, nous pose des millions de questions. On devient tellement "chummés", qu'il me propose même de me graver un CD avec un reportage sur la période de la dictature que j'irais chercher le lendemain à son autre salon. Il était tellement emballé de nous recevoir, ma mère et moi, qu'il a dû oublier qu'il promenait ce truc... comment on appelle... aaah oui! des ciseaux qui coupent! dans mes cheveux, ce qui m'a valu un très désagréable trou dans mon sacro-saint toupet. Verdict: expérience sympathique, mais désagréable conclusion.
Allemagne: Avant d'aller chez le Friseur, je ne savais que dire "Friseur" et "Haar". Même la première phrase que la dame m'a dit m'a laissée bouche-bée d'incompréhension, alors je lui ai expliqué que je parlais très mal allemand et que je n'avais aucune idée comment lui expliquer ce que je voulais, mais j'avais trouvé des photos dans une revue qu'on pourrait rabouter pour donner un résultat quelconque. Très souriante, elle acquiesce, j'essaie par réflexe d'entamer une conversation - maladroite - mais répond à la question très vite et se met au travail en silence.Les autres clients sont silencieux et attendent leur tour sans broncher. Les coiffeurs ne se parlent pas, sauf pour le travail. Elle me fait un belle tête, qui ressemble étrangement à la coupe de cheveux de toutes mes élèves aux cheveux courts (voir photo au bas). Je suis rassurée de suivre la mode de Miltenberg. La coiffeuse me fait payer et me salue poliment.
Efficacité et respect de la vie privée, là on les reconnait!

La langue de chez nous, Yves Duteil
Je m'insurge ce soir contre ces gens qui se plaisent à critiquer les immigrants qui, dans les grandes villes occidentales, décident de vivre au même endroit, de rester dans leur communauté tissée serrée, et de continuer à manger tacos, soupe phô, ou autres curiosités de ce genre, au détriment de la bouffe locale (en Allemagne, les knödels (mmm), en Amérique du Nord, le Mcdo). On les énerve avec nos grands principes d'intégration, alors que la plupart d'entre nous seraient bien peu enclin à quitter notre petit nid d'amour pour aller vivre le choc culturel Canada/Bangladesh ou Canada/Inde.
Pourquoi? Parce que ça fait du bien de se retrouver entre personnes de la même culture, d'un même pays, d'une même ville. Je plaide donc coupable de tentative volontaire de guettoïsation sur la Poigerstrasse, Miltenberg, après avoir convié tout un groupe de Québécois assistants de langue (+ 2 intrus français, observateurs internationaux, nous dirons!) à venir s'échanger des cadeaux "allemands" dans mon antre, après avoir visité l'incontournable Weihnachtsmarkt d'ici et aussi après avoir assisté au spectacle de deux de mes élèves dans ZE bar très hot (style "Brasserie chez Gérard"). Une belle fin de semaine (OOUUAAIS on peut dire FIN DE SEMAINE sans que tout le monde sourcille!) d'histoires grasses, de grosses blagues que seul 7 millions de personnes sur la planète peuvent comprendre, de "CHANDAIL", de "T(s)U viens-T(s)U" et de "FULL drôle". AAAH.
J'ai les meilleurs collègues du monde, les meilleurs élèves du monde, pas le choix de m'intégrer non plus vu que je représente à moi seule toute la communauté canadienne francophone de Miltenmontagne, mais c'est bon de ne plus lutter pour tout comprendre pendant quelques jours. Sadiquement, ça fait plaisir de savoir que les gens sont tout traumatisés de t'entendre, toi qui lutte chaque jour pour transmettre ton message dans la langue de Goethe à la façon d'un enfant de 5 ans. Français québécois, clé de ton salut intellectuel, langue mystérieuse dont toi seule a le secret sur des kilomètres...
Ça me rappelle les vers d'Yves Duteil! Un peu de poésie, va! (si vous voulez l'entendre, mettez la chanson suivante!)
Nous dire que là-bas dans ce pays de neige
Elle a fait face aux vents qui soufflent de partout
Pour imposer ses mots jusque dans les collèges (ça c'est mon travail!)
Et qu'on y parle encore la langue de chez nous
Sachez toutefois qu'en tant qu'habitante du monde entier qui parle 3 langues et demi, je m'intègre tellement bien que je m'habitue à l'impossible: endurer le petit chien Smoudgi (aucune idée comme ça s'écrit, mais quelque part, il y a un mot bien caché dans la langue allemande qui veut dire "boule de pouél qui jappe tout le temps", et c'est ça un "Smoudgi"!) de mes propriétaires.
Voilà donc les relents de ma fin de semaine, et je garde en héritage la tentation de parler français quand je débarque chez la coiffeuse ("Friseur" - mot le plus étrange de l'allemand, avec "Portmonee" (porte-monnaie)), ainsi qu'une caisse et un baril de bière qui attendent patiemment sur mon balcon que je leur fasse honneur.
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Parlant de Friseur, je voudrais simplement souligner qu'aller chez la coiffeuse est une expérience anthropologique féminine très intéressante. Je ne suis pas allée très souvent chez le coiffeur à l'étranger. Québec, Argentine et Allemagne seulement. Toutefois, j'ai l'intention de porter à l'avenir davantage attention aux comportements des coiffeuses à travers le monde, et d'en faire une typologie. Voici donc mes conclusions pour les 3 pays de ma liste.
Québec: J'ai un passé très garni en matière de coiffeurs, passant de congrès de coiffure (où ma foi ils sont au comble de l'excitation) aux deux concours auxquels j'ai participé, mais ça suit quand même une ligne directrice. Les coiffeuses (désolée pour la forme féminine, mais vu l'écrasante majorité de femmes exerçant ce métier, je vais donc faire preuve de sexisme grammatical) au Québec sont un peu les psychologues des temps modernes. On se raconte nos vies, on papote, on rigole. Ma dernière en liste a plus ou moins mon âge, je la vois immanquablement avant ou après un voyage, elle critique sans vergogne l'état lamentable de mes cheveux et entreprend de me sculpter artistiquement la tête mèche par mèche. Ça prend du temps, mais je lui ai attribué le prix du plus beau toupet de la planète. Les autres coiffeuses, elles dansent, ont les cheveux de toutes les couleurs, elles écoutent patiemment les clientes raconter l'impuissance de leur mari (ouioui!) ou les déboires de leur fille aînée.
Argentine: On m'avait déjà dit de ne pas faire confiance aux coiffeurs argentins, mais bon, quand on sent l'urgence, rien ne nous arrête et on est prêt à prendre le risque. Superbe salon où se faire couper les cheveux n'est pas très cher et ooooh nous sommes les vedettes québécoises de la place! Le coiffeur se donne des airs de "maître coiffeur", il sait où il s'en va, nous pose des millions de questions. On devient tellement "chummés", qu'il me propose même de me graver un CD avec un reportage sur la période de la dictature que j'irais chercher le lendemain à son autre salon. Il était tellement emballé de nous recevoir, ma mère et moi, qu'il a dû oublier qu'il promenait ce truc... comment on appelle... aaah oui! des ciseaux qui coupent! dans mes cheveux, ce qui m'a valu un très désagréable trou dans mon sacro-saint toupet. Verdict: expérience sympathique, mais désagréable conclusion.
Allemagne: Avant d'aller chez le Friseur, je ne savais que dire "Friseur" et "Haar". Même la première phrase que la dame m'a dit m'a laissée bouche-bée d'incompréhension, alors je lui ai expliqué que je parlais très mal allemand et que je n'avais aucune idée comment lui expliquer ce que je voulais, mais j'avais trouvé des photos dans une revue qu'on pourrait rabouter pour donner un résultat quelconque. Très souriante, elle acquiesce, j'essaie par réflexe d'entamer une conversation - maladroite - mais répond à la question très vite et se met au travail en silence.Les autres clients sont silencieux et attendent leur tour sans broncher. Les coiffeurs ne se parlent pas, sauf pour le travail. Elle me fait un belle tête, qui ressemble étrangement à la coupe de cheveux de toutes mes élèves aux cheveux courts (voir photo au bas). Je suis rassurée de suivre la mode de Miltenberg. La coiffeuse me fait payer et me salue poliment.
Efficacité et respect de la vie privée, là on les reconnait!
1 commentaire:
Nice haircut!! :)
Et je vois que mon fer à défrisé fait un magnifique travail!! :)
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