lundi 25 août 2008

Instrucciones para llorar (instructions pour pleurer)

* Musique: Le monde est à pleurer, Jean Leloup


Le theme sera ici les larmes parce que les longs voyages y sont indiscutablement lies. Parce qu'aussi, on ne manquera jamais d'etre prise d'assaut par le mal du pays, que dis-je?, la nausee du pays. Comme dirait le plus bel Argentin du monde, au fond, c'est normal de vouloir revenir chez soi avant le temps, c'est normal que notre pays nous manque, notre maison, notre confort, nos proches... le contraire serait inquietant.

Pour pleurer en vacances, il faut forcement un motif.
"Para llorar, dirija la imaginacion hacia usted mismo, y si esto le resulta impossible por haber contraido el hábito de creer en el mundo exterior, piense en un pato cubierto de hormigas..." - Julio Cortazar

- Pour pleurer, dirigez l'imagination vers vous-mêmes, et si cela vous parait impossible parce que vous avez pris l'habitude de croire en le monde exterieur, pensez a un canard couvert de fourmis..."

Une petite histoire, ou encore, mon "canard couvert de fourmis"...
La petite ville de Mercedes est situee dans la province de Corrientes, au nord-est de l'Argentine, l'une des plus pauvres du pays. Contrairement a ce que son nom laisse penser, c'est plutot la capitale des vieilles volks, aussi vieilles que moi, et non des supers bagnoles du celebre contructeur allemand. Jusqu'a l'annee derniere, le terminal d'autobus etait bonde d'enfants qui assaillaient les voyageurs et leur quemandaient de l'argent.
Un an plus tard, lors de mon passage, plus personne au terminal, mais la pauvrete a augmente, et les logements de fortune en taule des alentours ne mentent pas sur la situation extremement precaire de ces familles... les enfants mendient toujours, mais dans les restaurants, dans les rues... que s'est-il passe?
Il y a quelques mois, l'un d'eux faisait ce travail impose par ses parents (vous savez que s'ils ne rapportent pas suffisamment d'argent, les parents n'hesitent pas a les battre violemment) et s'est fait enlever, au terminal d'autobus. On a retrouve le petit corps mutile le lendemain... On lui avait arrache les yeux, la langue, le cuir chevelu et on l'avait viole avant de le battre a mort. C'est une petite ville, alors tout le monde se connait... donc tous restaient sous le choc, silencieux devant ces horreurs. Vous savez ce qui a "permis" a la police de percer ce silence qui l'empechait de mener son "enquete"? La publication des photos du cadavre dans les journaux locaux! Belle tactique...
Disons que la fin justifie les moyens... et on a finalement retrouve les 8 (!) individus qui avaient fait cela. Ils faisaient, parait-il, partie d'une secte satanique et ont decide, pourquoi pas, d'offrir le corps de cet enfant misereux a leur "dieu"-bidon, et pourquoi pas, s'amuser un peu pendant qu'on y est.

Mais le gamin, et tous les autres, ils faisaient quoi le soir tard tout seuls au terminal?
Et ces parents qui font faire leur sale boulot par leurs petits, personne n'a jamais pense a les castrer, ou je sais pas?
Et dans un pays ou l'ecole est gratuite et obligatoire, personne ne les prend par le collet pour les ramener sur les bancs de classe quand ils les voient comme ca tous seuls?

Ce n'est pas la premiere fois que je vois des enfants pauvres... que je vois des bidonvilles... mais j'ai passe une semaine seule dans tout ca et voila, ca a ete le declencheur d'une insoutenable envie constante de pleurer ma vie. Apres avoir passe une semaine dans les villes les plus pauvres d'Argentine, j'ai accumule suffisamment de raisons pour m'insurger contre tout, contre eux, contre nous-memes. Contre moi aussi, moi le soir en revenant, je dormais seule, en securite, dans des dortoirs remplis de lits vides. Je refuse de donner de l'argent a ces enfants-la, parce que c'est une roue qui tourne, parce que s'ils font ce travail, c'est que ca rapporte et d'une facon ou d'une autre, je me sentirais coupable... alors que puis-je faire, a part me promener les poches pleines de bonbons, afin d'avoir eu l'impression de "donner" un peu et dormir plus tranquille?

Je la connais la chanson. Il ne faut pas se sentir coupable parce que nous ne sommes pas responsables des malheurs du monde.. Sauf que j'espere que ceux qui sont vraiment responsables ne se renvoient pas la balle de cette facon. Et ca me fait souvent penser a l'attitude des gens qui disent "ouais, je sais que je devrais pas acheter des vetements faits dans des usines ou travaillent des enfants qui se font exploiter, mais si on achetait pas les produits, ils n'auraient pas de travail, ca serait pire..." NON ILS SERAIENT A L'ECOLE ET LES PARENTS SERAIENT PEUT-ETRE MIEUX PAYES ET ILS S'OCCUPERAIENT EUX-MEMES DE L'ECONOMIE FAMILIALE! C'est une roue qui tourne ca!

Un homme rencontre dans la ville de Resistencia, l'une de celles dont je vous parlais plus haut, m'a demande si je croyais en Dieu... Je lui ai repondu que je crois au hasard, a la chance pure et dure, a la roulette russe qui nous fait aterrir dans une famille extraordinaire, comme la mienne, qui m'a donne des millions de possibilites des ma naissance, ou dans une famille du tiers-monde qui considere ses marmots comme du capital technique.
Et je m'en suis voulu aussi parce que tout ce que j'ai pu faire, apres quelques jours de ce regime, c'est d'appeler Tito a Cordoba, sur le bord des larmes, pour lui dire que je reviendrais le voir plus tot que prevu. J'ai besoin de repos, je suis fatiguee. Je suis fatiguee des periples hors des sentiers battus, de voir des gens fouiller dans les poubelles et vivre dans les depotoirs, j'en peux plus non plus de voir des chiens (voire des chevaux!) abandonnes et blesses, qu'on laisse mourir de faim en pleine ville. On ne m'a pas habituee a voir la misere dans ma cloche de cristal, de devoir la regarder dans les yeux comme ca toute seule, quand je n'ai personne pour me distraire et detourner mon attention. J'ai passe 3 jours a pleurer a chaudes larmes a la moindre occasion... Je dois me preparer psychologiquement a la Bolivie.
Je suis donc de retour a Cordoba, je veux m'asseoir et lire tous les jours, je veux aller au musee, cuisiner ooh ouiii! cuisiner avec mon petit Tito-gauchito, ou encore mieux! le laisser cuisiner et moi je m'occupe du reste, de manger mmmm! Manger ses creations culinaires toutes maison! Je veux ne pas avoir de plans de la journee, avoir l'occasion de ne rien faire si je veux, de rester a la maison et de dormiiiiiiir toute la journee en attendant que mon hote revienne de l'universite ou il etudie avec acharnement ses lois faites d'encre et de papier. Je veux qu'il me parle de l'Argentine sous son meilleur jour, de la vie de ses parents en campagne, de son grand-pere qui a passe sa vie a raconter des histoires...
Je veux parler francais avec son frere, lire ses livres en francais, ecouter de la musique en francais!
La crise de larmes est passee maintenant...

Je vous laisse sur une note drole et positive... Vous allez pouvoir voir live en quoi consiste un party d'asado (version argentine du BBQ) sur lequel coule un flot de merveilleux vin argentin, a Puerto Iguacu! MMmmmm! Une petite chanson que vous connaissez peut-etre bien, et qui entre tout-a-fait dans la thematique des larmes... :) Nous ne sommes pas des musiciens... mais ouf on s'est bien amuses!! (pour ceux qui voulaient mettre un visage sur Martin Sr. et Martin Jr...!)

2 commentaires:

Mat et Gen a dit…

On a beau savoir qu'une personne sur trois vit sous le seuil de la pauvreté... Avant de le voir c'est difficile d'en réaliser la portée.

Moi c'est en Égypte que cela m'avait le plus affecté. Je me souviens des quartiers en banlieue du Caire. «La cité des morts» disait mon chauffeur de taxi. Des bidonvilles en ruines, la pollution, les odeurs... les gens.

Au cours d'une excursion, je disais à mon guide agé de 17 ans qu'il était chanceux de pouvoir escalader les dunes en dromadaire tous les soirs au pieds des pyramides. Il m'a répondu cette phrase que je n'oublierai jamais : « Toi tu es chanceux de connaître la neige, de voyager ... ET de pouvoir MÊME venir dans mon pays. »

Bon, je te laisse te reposer en bonne compagnie ;)

Bisous !

Jess Tabouille a dit…

Hola Chica!
(je ne sais pas trop c'est quelle langue, mais dieu que je me sens exotique!! ;o)

Je viens tout juste de visionner le vidéo de No rain et je capote là... Je voulais juste te dire ça alors sois la super chanteuse pleine de rythme et moi je serai le petite abeille dodue qui se dandine!!

Bisous!!