mardi 8 juillet 2008

Le zoo de Santiago

* Musique: Petite Marie, Francis Cabrel


Les voyageurs se rencontrant partagent leurs impressions, échangent sur les endroits préférés et détestés et surtout, établissent des regles a l'aide de la formule suivante:

Les (nationalité) sont (plus/moins) (qualité/défauts sensés appartenir a l'ensemble de la population de la dite nationalité).

D;ailleurs, j'y participe moi-meme gaiement et ma préférée est:
Les Américains laissent du bon pourboire.

Bon, passons.

Tout ca pour dire qu'ici, au Chili, nous ne pouvons échapper a de telles réflexions. Notre séjour a Santiago fut d'ailleurs particulierement "social" et peu "culturel". Genevieve est arrivee le 4 juillet et depuis, nous avons ete recues avec de grands égards et beaucoup d'attention.
Nous avons donc eu droit a un accueil incomparable de la part du couple de couchsurfing (www.couchsurfing.com) qui nous a heberge et aussi de la part des parents de Carolina, chilienne rencontree a San Pedro.
C'est donc tentant de dire:
"Les Chiliens sont tellement accueillants."

Mais vous ne comprenez peut-etre pas jusqu'a quel point.

On parle ici d'une confiance aveugle et totale.
De laisser ses cles a deux inconnues.
De les laisser partager votre quotidien, votre intimite, des pratiques de musique aux emplettes dans un marche de l'"underground Santiago", jusqu'a l'inondation de l'appartement a cause d'un bris de laveuse.

On parle aussi d'une admiration sans borne de la part d'une famille chilienne chez qui nous avons passes tout juste quelques heures, le temps de belles discussions et de quelques fous rires.
On parle de leur joie infinie de nous recevoir.
D'accolades sans fin avec les freres, soeurs, parents, chat, cochons d'inde de la maison.
On parle aussi de larmes quand est venu le temps de partir.

C'est la qu'on realise a quel point les liens sont plus froids en Amerique du Nord, a quel point on protege nos sentiments, notre attachement... En voyage, on s'habitue aux adieux, on quitte des lieux en se promettant de se souvenir mais le temps fait son oeuvre plus vite que l'on croit. Ma mere m'ecrivait dans un beau email dernierement que Walt Wittman invitait les voyageurs a toujours lacher prise, et a toujours partir.
Mais si c'etait la mefiance, la peur de souffrir, la peur de trainer le poids de nos rencontres qui nous empechaient de vivre pleinement ces belles experiences?

Genevieve a vecu quelque chose de similaire au Nicaragua lannee derniere. Elle me disait que pour ces gens qui nous ont recu, nous representons probablement plus que nous-memes. Nous sommes un peu l'Amerique, l'Europe qui se penche sur le Chili ("el culo del mundo" comme diraient si bien, dans un eclat de rire, les amis de Gerardo, notre hote) et l'ecoutent, le temps d'une soiree... Je ne me sens pas comme la digne representante du Quebec, donc surtout pas de l'Amerique, mais ca pourrait expliquer, en quelque sorte, ces larmes de nos amis au moment du depart...

Pour ma part, je suis contente de savoir que la confiance et l'attachement existent toujours dans ce monde percu par plusieurs comme etant hostile et noir. Je vais reiterer encore avec cette phrase qui me sied de mieux en mieux, je trouve: putain que c'est beau la vie. ;)

Je vous laisse sur quelques anecdotes.

- Ce matin, en allant chercher du pain, j'ai echappee de quelques minutes a une montee de lait policiere en raison de manifestation.etudiante juste en bas de l'edifice ou nous demeurons. En effet, a mon retour dans l'appartement,j'apprends avec surprise que les policiers sont en train de gazer la Plaza Italia, d'ou je revenais!

- Lors d'un BBQ, un Anglais, toujours aussi unilingue apres avoir passe 6 mois de sa vie a Santiago, s'est exclame, dans toute sa delicatesse: "Je croyais que les Quebecois savaient tous parler couramment anglais!" Genevieve et moi-meme, qui conversaient depuis le debut de la soiree en anglais, sommes passees tout pres de provoquer un duel avec l'Anglais en question apres cet affront, esperant ainsi nous venger de la defaite des plaines d'Abraham, 400 ans plus tard.

- Dans un microbus de banlieue, nous pouvions lire cet avertissement tres serieux:
"Cuidado - La falta de sexo provoca problemas de vision".(Avertissement - Le manque de sexe provoque des troubles de vision)

- Ne laissez jamais un chien de rue vous lecher le visage par inattention... vous ne savez jamais ce qu'il a mange avant (ca pourrait etre, par exemple, la tete d'un chien mort en train de se decomposer).

P.S.: Pour ceux qui seraient tentes de chialer sur le choix de la chanson de Francis Cabrel, sachez que c'est symbolique, parce que Carolina et Silje souhaitaient tellement apprendre a la chanter, en francais!

2 commentaires:

Mat et Gen a dit…

Et si justement cette peur de souffrir était pire que la souffrance elle-même ?

Continue de vivre chaque moment intensément… et d’en apprécier la beauté ! ;)

Bisous !

G£N a dit…

Putain que cé beau la vie...

Oui tu as bien raison Nanou. Je suis tellement émue en te lisant.

Profite de chaque moment, cé vrai que c'est beau la vie mais ça passe si vite...

Jtm