mercredi 5 août 2009

Le droit chemin

On a souvent attribué aux Allemands certaines valeurs : l’autorité, la rigueur, la discipline, la droiture. J’ignore si le fait d’être arrivée ici avec une idée préconçue aurait plus ou moins provoqué mes observations en ce sens. Dans toute mon objectivité, j’ai noté du pour et du contre cette affirmation, sous forme de petites tranches de vie.  Cette semaine, les POUR.


POUR

L’autorité :

…Nous sommes dans un restaurant italien, c’est un groupe d’une quinzaine de personnes, nous on est en retard (je pense que l’Amérique latine… et ma mère ont un peu déteint sur moi), on placotte, tout le monde attend son repas alors qu'on regarde tranquillement le menu. Le serveur arrive avec les plats, le monde n’écoute pas quand il fait « l’appel des repas ». Le serveur de se fâcher, et de crier - et je cite - (non en fait je ne cite pas, parce que vous devinerez que je parle pas allemand mais que je comprends en vérité UN mot stratégique) :  «  BLABLABLA ….  Scheiss! BLABLABLA » L’équivalent de « putin de merde fermez vos gueules », sur un ton qui vous laisse toutefois sans voix.

Sans voix dis-je, assez pour vous enlever votre faim, pour éliminer toute volonté de sortir mon allemand du dimanche pour commander…

 

La discipline

… Le vélo… partout. Écolo, j’ai rien à dire. MAIS ils ont leur petite allée POUR LES VÉLOS SEULEMENT et si vous OSEZ ma foi empiéter sur le sacro-saint territoire cycliste, DIÂBLE vous brûlerai en enfer! Armés de leur sonnette de la terreur, ils vous sonnent jusqu’à ce que quelqu’un vous empoigne et vous enlève du chemin d’un brusque mouvement!

 

La droiture

… Premier cours d’allemand. Mini-présentation orale du genre « je m’appelle Anaïs, j’ai une maman et un papa bla bla bla ». Dès la première personne qui passe, la prof fait déjà ses commentaires sur la « façon allemande » de parler en public, comment se tenir, où placer les bras, ne jamais dire ceci, ne jamais faire cela, parler moins vite, parler plus fort... Bien sûr, elle insiste sur le fait que c’est CULTUREL mais sous-entend qu’on est aussi bien de les imiter. Pas faux par contre, moi j’ai aimé son intervention et je me rappelle d’avoir fait la même chose avec mes sec.1 une fois.

 

D’ailleurs, accessoirement, le cours se passe très bien et je suis exactement le bon niveau (2e niveau sur 13 tsé genre style). Je rencontre des gens intéressants et inintéressants (il le faut bien), il doit y avoir des représentants de 45 pays allant d’Azerbaïdjan à la Corée du Sud, une vraie tour de Babel. Je me suis découvert une aversion pour toutes les filles de 18-19 ans venant soit d’Ukraine ou de Russie qui, dès que je les regarde, me font replonger dans un cauchemar style Fred Kruger et ses doigts de sang se passant dans une certaine classe de feu mon école secondaire.

Autrement, je suis bien occupée et je m’amuse pas mal. Je me sens chez moi ici, avec toutes mes bonnes résolutions que je tiens résolument (pléonasme vicieux, je sais) à savoir jogging tous les jours, yoga une fois par semaine, cuisiner le plus possible et profiter de l’été qui passe trop vite!

Nächste Woche : les observations allant CONTRE le stéréotype de la discipline allemande. (c'est cool vu que j'ai déjà mon sujet, une pierre deux coups!)

mercredi 29 juillet 2009

Envolée de pigeons

Il est 8h, ça roucoule dans ma fenêtre. 

Un petit couple qui protège son petit oeuf. La vie est dure pour ces êtres ingrats... la compétition masculine, les prédateurs, les hommes... Je déteste les pigeons, je les trouve franchement dégueulasses, mais quelque chose m'émeut quand je vois le futur papa, installé sur le balcon, qui protège soigneusement cette petite vie nichée sous ses plumes. Il vous regarde du coin de l'oeil dès qu'on ouvre la porte... "approche pas salopard". C'est petit et ça veut vivre.

----------------------------------------------------------------------------------------

Nous sommes dans la capitale bavaroise, hôte des tristement célèbres JO de 1972 et ville inexorablement associée au défunt dictateur d'origine autrichienne qui me vaut désormais des milliards de questions hors-contexte dans chaque cours que j'ai pu donner sur l'histoire contemporaine. 

C'est ça la première idée qui me venait en tête avant de venir ici. Ça, et le souvenir d'un Noël où mon père avait fait un "bavarois au brandy" et que j'avais explosé en sanglots lorsqu'on m'en avait servi une part : "Je VEUX PAS ÊTRE SAOULLEEE". Ben oui, c'est sûr que si mes parents avaient eu une chance de me saouler à 4 ans, ils l'auraient fait. C'est beau la confiance.

Bon signe, je commence à me défaire de cette image sommaire au parfum de bonbon/tyran pour intégrer Munich à ma vie quotidienne... Un petit quartier qui ressemble au quartier St-Jean-Baptiste où la plupart des mecs ne jouent pas dans ma ligue. "Ils sont où les mecs les plus canons de Munich?? ICI!! Ils sont où les mecs les moins masculins?? ICI!!" ;-) Une boulangerie au détour d'une rue, un circuit longeant la rivière pour le jogging du matin, un arbre dont l'ombre couvre ma lecture à une certaine heure de l'après-midi, un café où j'aime penser qu'une certaine table m'attend et guette ma place en mon absence. On cherche à fuir la routine mais n'en avoir aucune est simplement insoutenable. On aime que les gens nous reconnaissent, et encore plus quand on est loin de chez soi. On aime qu'ils notent notre différence.

Et la différence, malgré la plus grande ouverture d'esprit du monde, ce qu'elle peut être difficile à intégrer!! Langue, culture, notion du temps et de la proximité. La langue, la gastronomie locale, on s'attend à ce que ce soit différent... mais parlons-en, de la proximité! La distance de mon bras et de ton bras, joint par nos mains qui se serrent. La distance de "ne t'approche pas trop, ici c'est chez moi". C'est un contraste marqué avec les nombreux Sud-Américains que j'ai rencontré dans les dernières années et qui accueillent à bras ouverts tout inconnu sur leur passage. "que boludo!! Che! Hijo de puta!! jajaja!!" La galanterie argentine dans toute sa splendeur!
En discutant avec une Allemande, j'ai constaté que dans aucun des cas la profondeur de la relation à venir ne peut être évaluée. Elle me disait qu'un Allemand est plus froid au début mais est extrêmement loyal en amitié, tandis qu'un latino te parle comme si tu étais son meilleur ami mais se rappelle à peine de ton nom le lendemain... mais sont-ils moins loyaux?

Que ces stéréotypes soient confirmés ou pas, qu'ils soient plus ou moins loyaux envers les gens qu'ils estiment, c'est relatif d'un individu à l'autre. Toutefois, cette notion de distance/proximité propre à une culture me semble bien incrustée dans l'inconscient collectif. C'est comme un grand groupe d'individus qui ne se connaissent pas mais qui vont tous dans la même direction, par réflexe, qui reculent lorsqu'on s'approche pour les embrasser en guise de salutations, qui ricanent un peu de façon à communiquer leur malaise, et qui te pressent de leur regard de ne plus jamais refaire ça..! et bon je suis peut-être un peu sadique mais j'aime bien les provoquer en leur collant tout de même une bise sur la joue lorsque je pars. Si j'avais un peu plus de culot, je me ferais l'ambassadrice des free hugs en Allemagne, mouvement né en Australie dans un centre commercial pour lutter contre l'anonymat et la solitude. 

Et je sais que, passée la gêne, tous apprécient un peu de chaleur humaine. 

Ça, c'est universel.

jeudi 23 juillet 2009

Ça déménage!

**************Fiche papa (il aime les détails techniques)*****************

Lieu: Munich, capitale bavaroise de 1,2 million d'habitants.
Altitude: Sais pas. Sûrement pas très haut parce qu'il fait immensément chaud et humide et jusqu'à tard la nuit.
Activités: Mmmm pour l'instant, je visite, je fais du repérage. Je cherche l'ombre. Je lis. J'essaie de dire des phrases simples en allemand et je me rend compte avec désespoir que la moitié des mots de ma phrase ne fait pas encore partie de mon vocabulaire. J'essaie de suivre Mathieu aussi qui s'avère être - plus que jamais- un ex-membre du feu mais très respectable "Pimp Palace" (ou traduction : appartement sur Cartier, à Québec, qui a accueilli sans relâche les plus terribles partys pendant 2 ans). C'est peut-être une ère révolue à Québec mais la tradition a l'air de se poursuivre en Allemagne pour lui! Finalement, j'essaie de dormir et de me refaire une routine, et pour une fille qui a autant besoin de dormir que moi, je bats présentement des records en matière de non-sommeil.
Durée du séjour: mmm plus ou moins 2 mois, ça dépendra de mon envie de rester quand je vais être en congé. Toutefois, je serai là assurément pour l'Oktober fest!

*************************************************************************

Bon tout compte fait, la "Fiche papa" fait le tour des infos pour le moment. Je peux difficilement m'installer vraiment pour l'instant parce que Mathieu déménage - en son absence - (donc si on comprend bien JE déménage sans avoir même emménagé vu que je dois bien avoir un endroit où dormir et qu'il se fait "kicker-out" sans y être :-). C'est un peu chaotique, mais temporaire! (d'ailleurs, mon ordi est à terre dans un petit coin et j'écris assise en indien, vu que le bureau a été démonté et rangé dans l'armoire). On a rencontré les futurs colocs - tous Français parce que le proprio veut des francophones pour une raison encore nébuleuse pour moi - qui sont sympathiques, et en plus, ôôôôô merci Hallah!! (ça va me valoir des menaces de mort si j'écris ça??!) je me suis même quêté un lift pour mes grosses valises, et voilà!! Tout est dans la poche! Outre ces histoires, je me donne deux mandats pour la prochaine semaine avant de commencer mon cours: connaître Munich sur le bout de mes doigts et me faire un réseau social digne de ce nom. Bon. C'est peut-être beaucoup demander pour un mince 8 jours. Je penserai aux objectifs réalistes plus tard.

D'ailleurs, Couchsurfing semble s'avérer assez utile pour réaliser mon 2e objectif. J'ai placé une annonce du genre "tu veux être mon ami? coche oui, non, peut-être" et j'ai eu plein d'offres du genre "je veux bien être ton ami samedi à 15h à Marienplatz". Je me retrouve déjà avec des conflits d'horaire de gens que je connais pas, j'en suis donc à gérer mon trop-plein de cyberpopularité. Aussi, étonnamment, je crois que le site est davantage fréquenté par des monsieurs, alors que moi j'aimerais bien, pour des raisons encore assez floues (retenez vos rires s'il-vous-plaît), avoir quelques complices féminines. J'y travaille. 

Je vous laisse sur quelques photos prises lors de mon rallye-touriste... je peux même pas commenter et dire c'est où, prenant pour acquis que j'aurai 2 mois pour m'exclamer en regardant les photos de la première heure "aaah ben oui j'avais été à l'église chose-bine-truc-d'affaire", et en plus parce que j'ai même du mal à me rappeler du nom de la rue où je reste, ça donne une idée.











dimanche 19 juillet 2009

En compagnie d'un Suississon...!

Alors voilà, en bonne espionne que je suis, j'ai subtilement capté une conversation téléphonique incompréhensible pour que vous soyiez bien au courant de mon lot quotidien!!




Je n'ai pas demandé de traduction, question de respecter sa vie privée, pauvre enfant!!

Puis, des parapentistes qui se garrochent en bas de la montagne par une journée sans vent! Ouioui!! Possible!

jeudi 16 juillet 2009

Tu sais que tu es en Suisse quand...



... deux géants blonds t'attendent tout sourire à l'aéroport!

Bon je voudrais pas répandre de fausses rumeurs de blonditude généralisée dans la partie allemande de ce petit pays multilingue, j'imagine que ça faisait plus ou moins partie de mes fantasmes de voir des blonds envahir l'espace-temps, mais je suppose que je devrai attendre d'être perdue en Scandinavie parce qu'il y a autant de blonds ici qu'à Loretteville, aussi exotique que ce soit. D'ailleurs, Markus est venu me visiter chez moi à Québec il y a 2 mois et j'ai soudainement ressenti le syndrôme-de-ma-mère-qui-est-toujours-gênée-de-recevoir-des-invités-à-la-maison-de-peur-qu'ils-la-jugent-et-trouvent-la-maison-laite.
"mmm ouais... Loretteville is a little cheap I think." :)

Pas que je veuille dénigrer en rien la ville qui m'a vu grandir et qui est tellement rassurante à chaque retour de voyage, non en fait Loretteville est une banlieue assez cool. Sauf que vous devriez voir la ville de Davos, les montagnes, l'immense lac bleu... c'est parfait pour les milliers de touristes qui y accourent chaque année! Encore mieux, Markus vit un peu en retrait dans une superbe maison, Olivia - parce qu'on donne des noms aux maisons- (voir le petit film pour avoir une idée!) on entend des cloches à vaches au loin, je regarde par la fenêtre de "ma" chambre (son "petit" frère de 6'88 m'a généreusement laissé s'installer chez lui durant son absence) et je vois les montagnes, c'est pas beau la vie?

Wilkommen in der Schweiz, ce magnifique pays où une paire de souliers coûte 450 francs suisse (=450$) et où le Sheraton est un hotel "middle-class"! :-)

J'ai un emploi du temps chargé, Markus me demande mon avis sur toutes les activités qu'on peut faire, je dis oui à tout et ensuite j'oublie, donc je n'ai aucune idée de ce qui m'attend dans les prochains jours même si en théorie je suis au courant de tout. Pour ce qui est de la langue... ben je dirais que mon cerveau se transforme immédiatement en purée de pommes de terre dès qu'on discute autour de moi, je comprends rien, je reconnais rien sauf des petits mots par ci par là genre "ca va?" (les suisses allemands utilisent couramment cette formule, mais à mon grand désespoir n'y répondent pas en français), "Quebec" (quand vient le temps d'expliquer ma présence à ses amis) et "hallo". Alors que ceux qui viendront me dire que c'est de l'allemand qu'ils parlent me passent sur le corps, ils roulent leur "r" en plus, ça donne un qqch d'assez spécial que je ne manquerai pas d'essayer de capter en cachette.


Faits divers:

- Pour ceux qui auraient peur pour ma sécurité, eh bien dites-vous que je suis probablement dans l'endroit le plus rassurant de la planète. Deux faits: le voisin d'en arrière de Markus est... l'hôpital que son père dirige. Difficile de faire mieux. Aussi, sachez que la province où nous sommes (ça a un nom que je me rappelle pu, mais la traduction est qqch comme "Grisolie" ou de quoi du genre) est totalement dépourvue de ce qu'on appelle, dans d'autres endroits du monde, "la criminalité". En effet, une bijouterie dans une ville tout près d'ici aurait été l'hôte, l'année dernière, du premier vol à l'étalage enregistré dans l'histoire de la province. Les policiers avaient aucune idée quoi faire. La population de toute la province en a parlé pendant des mois. Ça serait l'endroit de retraite parfait pour Horacio dans CSI:Miami.

- Fait intéressant pour la prof de géo en moi: ils vont faire installer dans leur sous-sol un système de géothermie en remplacement du gaz naturel pour chauffer la maison! Moi qui pensait ne jamais voir ça dans toute ma vie!

- Les démarches avancent pour me trouver un appart à Miltenberg pour le mois d'octobre... J'utilise à outrance les compétences de mon hôte en allemand et je me rend compte heure après heure de mon infonctionnalité dans cette langue. Par contre, mes contacts à Miltenberg n'y voient que du feu et risquent d'être solidement déçus en me rencontrant!! :-P

- J'ai retrouvé dernièrement (danke Facebook!) une copine suisse (partie française) de 6e année qui avait complètement disparu de la carte pendant près de 10 ans... on a convenu se revoir soit en fin de semaine, soit dans les prochains mois, ce qui me comble d'enthousiasme parce que ça fait 12 ans qu'on s'est pas vues!


mercredi 24 juin 2009

Comme quoi on change pas.

Tout ça part d'un immonde pari. ;)

Nanou et le péché d'orgueil! Voilà ce qui m'a mis dans un avion avec (encore!) pour destination le continent européen qui revient me hanter après 2 ans, alors que je m'étais promis de passer à autre chose.

Revenons en septembre 2008, alors que je file vers le nord de l'Argentine et la Bolivie avec Manfred l'autrichien. Nous étions dans l'autobus, et je tentais tant bien que mal de lui passer quelques notions d'espagnol, et lui de m'initier à la langue de Goethe. Alors que nous nous extasions devant notre manque de talent respectif, je lui ai promis que la prochaine fois que je le verrais, je lui parlerais couramment allemand.

Après, la vie a placé les pions, comme elle sait parfois si bien le faire. Et je suis là, 7 mois plus tard, après m'être fait immensément ch*** avec un cours d'allemand élémentaire qui faisait dont penser à une séance de contorsion intellectuelle désagréable et qui ne m'a pas rendu plus fonctionnelle, à me faire une réserve de sirop d'érable et de drapeaux québécois à distribuer à tout vent dans le pays des Bratwurst mit Pommes frites.

En attendant, je fais mon ménage/triage annuel, un exercice ma foi thérapeutique!


***************************************************************************************


Pour ceux qui auraient le goût de me visiter à Miltenberg, petite ville de 9000 habitants à une heure de Frankfort, ça serait apprécié, vu que ça a l'air relativement trou. D'ailleurs, je compte là-dessus, et je grave ici dans le marbre, "sous l'oeil puissant des témoins" (c'est où que j'ai entendu ça? Séries +?), vos noms, amis qui ont évoqué l'idée de venir me voir. Là, vous n'aurez pas le choix de tenir parole! (je suis croche comme ça moi)

-Papa et maman.
-Milie et Michael
-Geneviève (et Sandra?), les gueurdas.
-Mani (ben j'espère bazwell, c'est à cause de lui si je me retrouve là! :)
-Markus
-Paul
-Remo
-Mathieu (une fin de semaine sur 2 qu'on a dit hein?)
-Jean-William le pianiste

Bon avec tous ces gens je devrais me divertir un minimum. Non? Ça c'est sans compter ceux qui ne peuvent confirmer! Ça va avoir l'air tellement trippant que pas le choix!

P.S.: D'ailleurs, le choix de musique est fait expréssement pour vous donner l'eau à la bouche, Günther étant un grand chanteur suédois??? (merde! Shame on you ma soeur!) particulièrement vendeur!! Comme on s'amuse!! :D

jeudi 4 décembre 2008

Volver

Je devine le clignement
des lumières qui au loin
vont jalonnant mon retour;
ce sont les mêmes qui éclairaient
de ses pâles reflets
les heures profondes de la douleur.

Et malgré moi de retour,
au premier amour on revient toujours.
La calme rue où l'écho t'a dit:
"à toi sa vie, à toi sa dévotion"
sous le regard moqueur des étoiles
qui impassibles me voient revenir.

Revenir, le front ridé
les tempes argentées par les neiges du temps.
Sentir que la vie est un souffle,
que vingt ans ce n'est rien,
que le regard fébrile, errant parmi les ombres,
il te cherche, il te nomme.
Vivre, l'âme accrochée
à ce doux souvenir
que je pleure à nouveau.

La rencontre me fait peur
du passé qui revient
s'affronter à ma vie.
Peur me font les nuits
peuplées de souvenirs
qui enchaînent ma rêverie.

Mais le voyageur en fuite
tôt ou tard s'arrête en chemin.
Même si l'oubli qui détruit tout
a tué ma vieille illusion,
humble je garde une espérance cachée
pour toute fortune de mon coeur.


- Alfredo Le Pera/Carlos Gardel, 1934